Révolution et contre révolution au 19e siècle

Comment parler du développement du prolétariat et de ses luttes sans commencer par un survol, au moins rapide, du 19e siècle ? Une époque ouverte par la révolution française qui fait entrer avec fracas dans une ère de révolutions… et de réaction : d’expansions en replis, l’histoire respire et même si les grands bols d’air frais se paient d’années d’oppression, chaque vague semble plus forte, nourrie des précédentes.

Les révolutions apparaissent à un point donné et se propagent à l’échelle internationale. C’est le début d’un cycle historique au cours duquel les insurgés, les révolutionnaires, constituent un répertoire commun de discours et d’actions, s’orientent suivant une perspective collective : la victoire de la révolution.

Le contenu de cette victoire évolue après chaque assaut, suivant les nouvelles conditions sociales créespar la contre-révolution (oui les révolutions sont écrasées pour l’instant, ce n’est pas un spoiler) ce qui implique unenouvelle bataille… où tout est possible.

Ainsi, le dit « printemps des peuples » de 1848, est une vague révolutionnaire internationale de renversement des régimes monarchiques européens. La perspective d’alors, c’est la république universelle et sociale, « la sociale » comme on dit. Historiquement, c’est le dernier moment où la bourgeoisie se place du côté de la révolution, contre la monarchie. Très bientôt, elle se satisfera d’un dictateur…Et en Allemagne, elle ne fera même pas le pas suffisant pour abattre le vieil empire, au désespoir de Marx ! Enfin, c’estl’apparition du prolétariat comme force révolutionnaire autonome.

Le prolétariat parisien fut la force motrice de l’insurrection qui renversa la monarchie en février. Mais la république proclamée et avec elle la fraternité, la bataille commença entre les ouvriers et la bourgeoisie. Les concessions socialistes que les ouvriers parisiens avaient imposées à la bourgeoisie, au premier rang desquelles les ateliers nationaux où on pouvait s’embaucher pour un salaire garanti, furent très vite attaquées par la république bourgeoise, ce qui entraîna une insurrection ouvrière, celle de juin 1848, écrasée dans le sang.

Les ouvriers vaincus, la suite des évènements (si bien décrite par Marx dans Les luttes des classes en France, puis dans Le 18 brumaire de Louis Bonaparte) ne sera que la constitution du parti de l’ordre, puis la victoire d’un bonapartisme à l’ombre duquel la bourgeoisie industrielle prospérera… en laissant le pouvoir politique pour renforcer son pouvoir économique, préfigurant nombres de régimes du XXe siècle.

Il faudra supporter quatorze longues années de contre-révolution avant de voir, en 1864, le début d’une nouvelle vague, un nouveau cycle révolutionnaire. L’année 1864, est à la fois le début d’une vague de grève en France pour tenter d’imposer la journée de 10 heures maximum, mais aussi de la création de l’Association Internationale des travailleurs (on en parlera). Quelques sept ans plus tard, en 1871, la Commune de Paris viendra constituer l’apogée et la fin tragique de ce cycle.

La Commune de Paris, c’est aussi le premier moment de l’histoire contemporaine où les exploités mettent à bas le gouvernement des classes dominantes. La revanche, quoique de courte durée ( la Commune durera 72 jours) de juin 1848. Encore une fois, le prolétariat parisien insurgé paya cette tentative au prix du sang : plusieurs dizaines de milliers de personnes furent massacrées dans l’écrasement de la révolution au cours de la semaine sanglante (d’où la chanson du même nom).

Nouvelle assaut, nouvelle perspective. Marx écrira dans l’Adresse sur la Commune : « Mais la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre tel quel l’appareil d’État et de le faire fonctionner pour son propre compte. (…) Après chaque révolution, qui marque un progrès de la lutte des classes, le caractère purement répressif du pouvoir d’État apparaît façon de plus en plus ouverte. (…) Si le prolétariat de Paris avait fait la révolution de Février au cri de « Vive la République sociale » (…) La Commune fut la forme positive de cette république. (…) c’était essentiellement un gouvernement de la classe ouvrière, le résultat de la lutte de la classe des producteurs contre la classe des appropriateurs, la forme politique enfin trouvée qui permettait de réaliser l’émancipation économique du travail. »

Mais on peut tirer d’autres bilans de la Commune, de son organisation, de ses limites aussi.En particulier la question : « qui doit décider ? Les élus de la Commune ou les assemblées issues des barricades ? »… Le débat sur l’organisation sociale et politique de la révolution ne fait que commencer. Après 1871, il faudra attendre plus d’une trentaine d’année avant que ressurgisse la question révolutionnaire ! D’ici là, le mouvement ouvrier connaîtra un développement sans précédent, posant alors la question : est-il possible pour les exploités de se libérer sans révolution ?

POUR ALLER PLUS LOIN:

Théorie révolutionnaire et cycles historiques  (PDF au format brochure)