Naissance du prolétariat

« Le prolétaire ne possède ni capital ni moyens de production et doit donc, pour subvenir à ses besoins, avoir recours au travail salarié. »

dit Wikipédia.

Arrêtons-nous sur ce qui est implicite dans cette définition : la violence, la contrainte. Car il y a une possibilité de subvenir à ses besoins sans acheter les produits, sans les payer : le pillage. De façon plus pérenne et collective, prendre la terre pour la cultiver, prendre les maisons, prendre les machines…

Entre les prolétaires et cette possibilité, il y a certes l’idéologie, la morale, mais il y a aussi un mur de violence. Celle de la police, des vigiles, etc. Et il y a même les quatre murs de la prison. Cette violence était présente dès les origines de la classe des exploités. Elle est la vilaine fée qui s’est jadis penchée sur le berceau du prolétariat pour le maudire.

« La première condition de la production capitaliste, c’est que la propriété du sol soit déjà arrachée d’entre les mains de la masse » écrit Marx, chapitre 32 du livre 1 du capital.

Ainsi, la classe prolétaire naît de la violence et la contrainte.

Violence de l’expropriation massive des paysans, contrainte au travail salarié, à l’esclavage et au travail forcé. [Ce mouvement, dit d’accumulation primitive du capital, fera l’objet d’un post spécifique. Marx y consacre toute la 8e section du livre 1 du Capital, dont nous ne résumerons qu’une partie ici.] Marx, dans le Capital, décrit le mouvement des enclosures dans l’Angleterre du 16e-17e siècle où les terres collectives sont accaparées, clôturées par les grands propriétaires qui y font paître des moutons pour la laine.

Les paysans expropriés n’ont pour vivre que la possibilité de louer leurs bras à des prix dérisoires dans les filatures où les conditions de travail sont horribles. Devant ce choix impossible, les nouveaux ouvriers et ouvrières fuient, deviennent vagabonds. Les lois condamnant le vagabondage se succèdent. Elles promettent les personnes errantes à la torture, l’emprisonnement, l’esclavage dans les bagnes et même parfois à la mort. Il s’agit de contraindre au travail. Le chemin de la fuite coupé, reste la lutte.

Les travailleurs et travailleuses, les enfants (!) sont payés en dessous du minimum pour vivre. Mais la main-d’œuvre n’est pas docile, ni inépuisable. On ne peut pas crever tout le monde à la tâche et les ouvriers ne se laissent pas tuer sans réagir. Le 19e siècle est constellé d’explosions sociales. Les sociétés d’entraides deviennent des lieux d’organisations de grèves, toutes deux clandestines et réprimées.

Le capital, confronté à ces luttes violentes, réagit d’abord par la répression, puis par le duo intégration et division. En Angleterre, première nation capitaliste, le droit de coalition et de grève est obtenu en 1825, bien que durement contesté. Les syndicats sont peu à peu légalisés. Ceux-ci, nous le verrons, ne rassemblent pas pour autant tous les prolétaires, mais souvent les plus installés et qualifiés, dans les secteurs les plus stratégique ( énergies, transports…)

Comme dans n’importe quel cartel visant à défendre les intérêts des vendeurs de telle ou telle marchandise, il s’agit pour les ouvriers de s’associer pour vendre la seule marchandise qu’ils possèdent, leur force de travail, au meilleur prix. Mais dans une société fondée sur le rapport salarial et l’exploitation, négocier le prix… signifie aussi accepter le principe de la vente.

Bien sûr, au sein des syndicats, on discute. Et nombreux sont les révolutionnaires qui pensent qu’une fois arrivés à une force suffisante, les prolétaires pourront aller plus loin et ne pas se contenter de négocier. Ils mettent en avant la stratégie de la grève générale. Certains syndicats sont ouvertement révolutionnaires. Ils inscrivent dans leurs statuts l’objectif de l’abolition du salariat.

Nous sommes au début du 20e siècle et en Europe gronde déjà la tempête guerrière, le grand massacre de la guerre industrielle. Nous parlerons prochainement du socialisme et du syndicalisme dans l’Europe d’avant-guerre, de réformisme et de bureaucratie… tout un programme !