Nous sommes si habitués à renoncer à imaginer la masse abyssale de fric des milliardaires à la Jeff Bezos qu’on voit ainsi la richesse : une accumulation si grande qu’on ne compte plus. Mais une accumulation de quoi ?
Marx en donne une réponse dans la première phrase du Capital.
« La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s’annonce comme une immense accumulation de marchandises ».
Le terme important pour nous ici, c’est celui de marchandise. Pour nous figurer la proposition de Marx dans cette phrase, disons que tant qu’on ne parlait pas de marchandise, on pouvait simplement dire « être riche, c’est avoir de tout ». Mais voyez, la richesse désormais, ce n’est pas avoir tout, ou de tout, mais accumuler des marchandises.
Mais c’est quoi la différence, si tout est marchandisé ?
Peut-on se demander. Eh bien commençons par dire que tout réduire à des marchandises (rapports humains, activités, etc), c’est produire un monde d’objets, invivable. C’est l’horizon cauchemardesque et impossible du capital.
Impossible car l’activité humaine est bien plus vaste. Elle inclut tant d’autres possibles ! La création libre, le jeu, le don, tout cela et bien plus encore derrière cet horizon mortifère et comptable.
Pour mieux nous le faire comprendre, Marx, dans le premier chapitre du Capital, (partie IV intitulée Le caractère fétiche de la marchandise et son secret), va utiliser plusieurs points de vues. En particulier ceux :
- des humains dans une société communiste
- des objets-marchandises sous le capitalisme
Les humains du communisme œuvrent ensemble à produire ce qui leur est nécessaire. Ici, il n’est pas question de marchandise, il n’est question que d’utilité. Ils se concertent pour s’activer afin de répondre à leurs besoins. Et les objets utiles qu’ils produisent, les humains les voient tels qu’ils sont : des fruits de leur activité commune.
Les marchandises, elles, se moquent bien de leur utilité pour les humains. Elles ne s’intéressent qu’à leur valeur, sur le marché. Ce qui les intéressent, c’est de valoir, d’être échangeable, transformable en fric et comparable entre elles… Dans cette société, ce sont les marchandises qui l’emportent. Et l’activité humaine actuelle est rivée à la production de plus de marchandises qui s’échangent contre plus d’argent.
L’humanité est prisonnière, dominée par la marchandise, par la valeur. Et nous évoluons tellement dans le monde de la marchandise que nous ne nous rendons presque plus compte que nous n’imaginons la vie qu’à travers ses barreaux. La forme ultime de la marchandise, l’argent, semble être la force qui agit sur le monde… et les humains semblent impuissants.
Cet argent c’est le serviteur du riche, comme le génie d’Aladin. Qu’est le riche sans l’argent ? Rien. Qui peut agir ? Est-ce le riche ? Non, c’est l’argent. « Tout ce que tu ne peux pas faire, ton argent le peut : il peut manger, boire, aller au bal, au théâtre; il connaît l’art, l’érudition, les curiosités historiques, le pouvoir politique; il peut voyager, il peut t’attribuer tout cela; il peut acheter tout cela; il est la vraie capacité. », écrit Marx dans les manuscrits de 1844.
Quel triste monde où rien n’est possible. Où partout règne l’argent comme un fétiche qui nous domine, alors qu’il n’est qu’une chose.
Mais l’envers de ce monde, son négatif, est aussi là. Les prolétaires, qui produisent les marchandises, dépossédés de tout. En s’unissant dans la lutte, en agissant pour étendre la force de leur lutte dans le temps, dans l’espace et dans la société, les prolétaires s’affrontent à la marchandise, à l’argent, à l’État, organisent la gratuité, produisent selon les besoins. Bref, ils font la révolution communiste et enrichissent la vie de tout le monde au lieu de survivre pour l’enrichissement de quelques-uns .
Pour plus d’informations :
Le seigneur des anneaux, JRR Tolkien
⇒ L’anneau est pour nous une métaphore très claire de l’argent : un pouvoir qui peut tout et qui corrompt, qui est au dessus de tous les autres pouvoirs, qui les lient. Et qu’on ne peut que détruire.
Le premier chapitre du Capital (K.Marx)
⇒Chapitre très important, mais qui est assez dur au premier abord (d’ou notre tentative d’en donner un très bref résumé). A lire toutefois, quitte à s’y reprendre à plusieurs tentatives.
Sous le travail, l’activité ( Collectif) Ed. De L’Asymétrie
« Le travail n’est pas la liberté, c’est certain. Pour autant, si le travail implique effectivement coercition et soumission, cela ne suffit pas à le définir. Le travail animé par un collectif de producteurs associés reste du travail, tant que l’activité ainsi autogérée demeure séparée de l’ensemble de la vie. »