Convoi de la liberté, un nouveau mouvement Gilet Jaune ?

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Sur les réseaux sociaux, les groupes visant à organiser en France un « convoi de la liberté » ont acquis une audience impressionnante. Alors que ce convoi remonte vers Paris, quelles seront l’orientation et les perspectives du mouvement ? Est-il dans la même dynamique que celui des Gilets Jaunes ?

Les GJ ont été une libération de la parole des exploités. On se racontait nos galères, on se retrouvait tous ensemble et c’est comme ça que le mouvement a pris son orientation sociale. Et tout cela s’est passé quand nous nous sommes retrouvés en vrai, sur les ronds-points et les barrages.

Mais tout le monde n’a pas tiré le même bilan de ce mouvement. Une partie des admins des pages et groupes Facebook du début des GJ n’ont pas apprécié que le mouvement s’autonomise. On trouve la même logique qu’avec les directions des syndicats quand elles appellent à une journée d’action : elles ne veulent surtout pas que la base aille plus loin que ce qu’elles ont décidé.

Parmi ceux qui participent à ce mouvement, il y a donc des logiques très différentes. Certains sont encore sur la dynamique GJ, c’est-à-dire pour une lutte sociale révolutionnaire. D’autres cherchent à constituer un parti politique, un peu comme le mouvement 5 étoiles en Italie. Cela signifie délimiter au maximum le mouvement pour mieux le contrôler, et éviter tout débordement.

Sur le plan des perspectives, ces tendances refusent tout élargissement de la lutte à d’autres questions que celle du pass et du vaccin. Sur le plan des moyens, elles appellent strictement au pacifisme et refusent aussi les blocages économiques et l’ensemble des actions qui ont donné de la force au mouvement GJ.

Au niveau philosophique, on trouve des références au courant libertarien, popularisé notamment par des milliardaires comme Elon Musk. Ce courant est à l’avant-garde idéologique du capitalisme de plateforme. Le programme ? Donner à chaque individu la « liberté » de devenir un auto-entrepreneur ubérisé, faire fonctionner l’économie à fond sans « restrictions », tout privatiser. Il a participé à porter au pouvoir Donald Trump et Bolsonaro.

Comment en est-on arrivé là ? En fait, ces tendances existaient déjà dans le mouvement GJ, mais elles avaient été mises en minorité par l’explosion de notre colère sociale, par la libération de notre parole de classe, par la volonté des gilets jaunes de refuser toute forme de direction, de représentant, d’encadrement du mouvement.

La dynamique ouverte par les GJ est menacée d’être supplantée par l’émergence d’un autre type de mouvement, qui rejette la lutte sociale. Pourtant, ce mouvement peut quitter les rivages mornes et balisés de drapeaux blancs de la contestation citoyenne. C’est une question d’hégémonie, d’irruption de la force des prolos, par les blocages, par la lutte effective et non symbolique, par la massification du mouvement en se tenant sur le terrain social et non politique. Rien n’est joué.