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Voici une semaine [en date du 9 janvier] qu’un soulèvement des prolétaires embrase le Kazakhstan. Les informations qui nous parviennent sont parcellaires. L’État s’est empressé de couper internet, les médias de la bourgeoisie filtrent les nouvelles, la barrière de la langue est difficile à passer. Voici pourtant quelques informations qu’il semble important de diffuser. Ce soulèvement a lieu dans un pays charnière entre la Russie et la Chine, et cela, les dirigeants de ces pays le savent, c’est un danger pour leur pouvoir. Voilà pourquoi la Russie s’est empressée d’envoyer des troupes pour réprimer les travailleurs en lutte. Voilà pourquoi Xi Jinping a immédiatement applaudi les déclarations martiales dégueulasses du président kazakh.
Le Kazakhstan est aujourd’hui un avant poste de la révolution mondiale.
Oui, mondiale, car au-delà de l’effet d’addition où pas une saison ne passe sans que nous n’entendions les échos d’un nouveau soulèvement, chaque coup porté contre l’ordre social est aussi la démonstration qu’il existe autre force que celle des États, une autre perspective que celle des calculs glacés des gestionnaires capitalistes : la force des prolétaires, la perspective de la révolution internationale.

Le Kazakhstan est un grand pays situé entre la Russie et la Chine, peuplé d’environ 18 millions d’habitants. C’est un pays très important sur le plan de la production énergétique mondiale. Il est classé en 2019 au 10e rang mondial pour ses réserves de charbon, au 12e pour le pétrole et au 13e pour le gaz naturel. Son économie repose sur les exportations de pétrole qui représentent 56 % de la valeur des exportations et 55 % du budget de l’État. Le pays dispose de ressources pétrolières équivalentes à celles de l’Irak. C’est le premier producteur mondial d’uranium. C’est aussi le deuxième plus gros mineur de Bitcoin (et mercredi dernier, avec la coupure d’internet visant à réprimer le mouvement, la puissance de calcul mondiale du bitcoin s’est effondrée).
Le 2 janvier, en réponse à une augmentation soudaine des prix du gaz, des protestations et des blocages ont éclaté dans la ville pétrolière de Zhanaozen, à l’ouest du Kazakhstan, dans la région de Mangistau. La révolte s’est ensuite étendue à tout le pays, notamment à Almaty, la plus grande ville du pays, et à Nur-Sultan, la capitale. Il faut comprendre que le gaz est à la fois nécessaire au chauffage, mais aussi le carburant des voitures, et que l’élévation du prix impacte aussi le prix des denrées alimentaires. Enfin, souvenons nous qu’il s’agit d’un des plus grands pays producteurs mondial ! Mais ce n’était aussi que le déclencheur et une fois dans la rue, c’est un ensemble, c’est leurs conditions de vies pourries, que les prolétaires du Kazakhstan ne veulent plus.
Ce qui a commencé par une protestation sociale sur le prix du carburant a pris de l’ampleur.
Des collectifs de travailleurs ont revendiqué des augmentations de salaire de 100 %, l’amélioration des conditions de travail, la liberté de l’activité syndicale. Dès le 3 janvier, c’est toute la région de Mangistau qui était submergée par une grève générale qui a ensuite débordé sur la région voisine d’Atyrau. Le 4 janvier, les travailleurs du pétrole de Tengiz chevroil se sont mis en grève. Ils ont été soutenus plus tard dans la journée par des travailleurs du pétrole des régions d’Aktobe, du Kazakhstan occidental et de Kyzylorda. La soirée du même jour, les grèves des mineurs d’ArcelorMittal Temirtau dans la région de Karaganda et des fondeurs et mineurs de cuivre de la société Kazakhmys ont commencé. C’est une grève de masse, généralisée !

Des grèves illimitées ont aussi commencé à Atyrau, Uralsk, Aktyubinsk, Kyzyl-Orda, Taraz, Taldykorgan, Turkestan, Shymkent, Ekibastuz, des villes de la région d’Almaty et à Almaty même, où le blocage des rues dans la nuit du 4 au 5 janvier a déjà conduit à un affrontement ouvert des manifestants avec la police. Dans l’après-midi du 5 janvier, des milliers de manifestants ont pris d’assaut le siège de l’administration d’Almaty. Ils en ont pris le contrôle et l’ont incendié ! Dans le même temps, les pillages se sont multipliés. Pendant ce temps-là, après avoir annoncé une baisse des prix du carburant, le président démissionne le gouvernement. Ces quelques concessions vont avec des déclarations martiales contre les travailleurs et une coupure d’internet.
L’état d’urgence est déclaré et le président fait appel aux États membres de l’Organisation du traité de sécurité collective pour obtenir de l’aide militaire afin de faire face à la révolte, qualifiée de « menace terroriste ». Ami entends-tu le vol noir des corbeaux sur la plaine… Des parachutistes russes sautent sur le pays et notamment sur la ville d’Almaty en attendant l’arrivée des blindés.
C’est la première fois que l’OTSC déploie des troupes pour soutenir une nation membre. Elle avait refusé d’aider l’Arménie en 2021, lors de son conflit avec l’Azerbaïdjan. Ainsi, comme le dit un texte sur crimethink la principale menace pour la sphère d’influence russe n’est pas la guerre, mais la révolution.( C’est d’ailleurs la même chose pour tous les Etats…)
Et maintenant ?
Rien qu’à Almaty, la capitale économique où se sont déroulées les émeutes les plus violentes, 103 personnes ont été tuées… selon les chiffres des autorités probablement très sous-estimés. Ces mêmes autorités ont annoncé dimanche avoir arrêté près de 6 000 personnes. Si l’État déclare avoir repris le contrôle de la situation, nous ne le croyons pas sur parole. La seule vérité qui sort de la bouche de ces gens, c’est bien la haine qu’ils éprouvent envers les prolétaires. Ainsi, le président Tokaïev avait autorisé vendredi ses forces à « tirer pour tuer » et s’était empressé de le déclarer dans les médias.
Est-ce le début d’une lutte prolongée ? Quelles seront les impacts de ce soulèvement dans la région ? Où en sont les grèves ? Autant de questions auxquelles il est difficile de répondre pour le moment. Alors que les déclarations (non vérifiées) du président insiste sur le fait que « la situation est stabilisée dans toutes les régions du pays », nous finissons ce post avec ces quelques mots de Rosa Luxembourg, plus que jamais d’actualité.
« L’ordre règne à Berlin ! » sbires stupides ! Votre « ordre » est bâti sur le sable. Dès demain la révolution « se dressera de nouveau avec fracas » proclamant à son de trompe pour votre plus grand effroi : J’étais, je suis, je serai !
(Tout le texte est sur internet sous le titre « l’ordre règne à Berlin »)
Ceci est une synthèse rapide, issue de divers textes.
POUR ALLER PLUS LOIN, QUELQUES RESSOURCES :
En Anglais :
Sur le site CrimeThink : The Uprising in Kazakhstan An Interview and Appraisal
Sur le site Communia : Protests in Kazakhstan: 5 clues to understand what’s going on
Sur cette page, plusieurs autres sources sont rassemblées.
Les sources sur l’économie viennent de wikipedia.