L’exploitation et la plus value

Nous sommes des milliards d’exploités sur cette terre. Mais qu’est-ce que c’est au juste l’exploitation ? On pourrait déjà dire que l’exploitation, c’est l’usage que les possédants font de notre temps, pour s’enrichir. C’est notre vie qui s’égoutte de nous par les veines du travail et qui se transforme en salaire – de quoi retourner travailler –, mais surtout en plus-value.

Car le fruit de l’exploitation, c’est la plus-value. Et c’est pour croquer ce fruit que les capitalistes nous exploitent. Pour comprendre ce qu’est la plus value, pose-toi une question : en combien de temps de travail fais-tu gagner assez d’argent à ton patron pour qu’il te paie ton salaire ? Bon, une fois cela mis de côté, tout le reste, c’est de la plus-value. Illustrons tout ça d’un exemple…

Tu viens de trouver du travail dans une usine de fruits confits (le patron est persuadé que le fruit confit revient à la mode).

Toutes les semaines tes collègues et toi, répartis en diverses équipes de travail, vous déchargez des camions de fruits frais et de sirop de sucre que vous transformez en fruits confits (pour l’anecdote le procédé s’appelle l’osmose et consiste à remplacer l’eau du fruit par du sucre) avant de les conditionner en vue de la livraison.

Le patron a investi du capital pour acheter des machines qui lui ont coûté 3,6 millions d’euros. C’est le capital constant. Il paie aussi les matières premières : les fruits, le sirop de sucre, les colorants et la poudre bizarre dans l’emballage argenté, celle qui rend addict aux fruits confits (on rigooole). Il paie la location de la force de travail, à savoir les salaires : on appelle cela le capital variable.

300 tonnes de fruits confits, emballés, pesés, sont vendues en ligne et rapportent 1 080 000 euros par mois. Cela revient à 900 000 euros de matières premières + 50 000 euros de salaires (30 personnes au SMIC en 35h) + une provision de 30 000 euros qui correspond à l’usure des machines en présumant d’une durée de vie de 10 ans. En résumé, votre force de travail a transformé les fruits en fruits confits et a créé ainsi l’équivalent de… 120 000 euros.

Pour le dire autrement, chaque personne qui travaille dans la boîte a transformé 30 000 euros de matières premières + 1000 euros de machines, soit 31 000 euros… en 36 000 euros de produit fini et a gagné 1600 euros (toutes cotisations incluses). Au final, pour revenir à toi : félicitations, tu as fait gagner 3400 euros par mois au patron !

Du point de vue du patron, ces 120 000 euros de plus-value ne sont pas la somme qui l’intéresse, car lui ce qui l’intéresse c’est son profit a lui. Or, une partie de la plus-value ne lui revient pas. En effet, il doit encore soustraire le loyer (qui va au propriétaire foncier) et les taxes (qui vont à l’État). Dans certains cas, il pourrait avoir à rembourser les intérêts d’un prêt à la banque. Tout cela est pris sur la plus-value, produite par vous, les prolétaires de l’usine.

Sur ces 120 000 euros, il faut en enlever 20 000 euros de loyer par mois (et oui, les prix de l’immobilier explosent… il s’agit de la rente foncière*, une part de la plus-value qui va au propriétaire foncier juste parce qu’il possède le terrain, mais on en reparlera) et enlever 40 000 autres euros de taxes. Le voilà, le profit patronal : 60 000 euros par mois, soit, sur 10 ans… 7, 2 millions. Dans cet exemple, tout va bien pour le patron. Bien sûr, ce n’est pas aussi simple, il faut faire avec la baisse du taux de profit*. *À suivre!

Le patron qui, souvenez-vous en, a investi 3,6 millions d’euros dans les machines peut donc espérer doubler son capital en 10 ans, soit faire un bénéfice net de 10 % par an. Pas mal, non ? Et cela, simplement en avançant du fric. Tout le travail, toute la valeur créée, c’est pour votre pomme et ça, c’est vraiment la carotte. Ouille, il est temps de clore… ça part en fruit confit aïe aïe, OK, on arrête !