« Le travail tue, le travail paie, Le temps s’achète au supermarché. »
Ces vers de la chanson « La vie s’écoule » de Raoul Vaneigem évoquent en peu de mot la valeur, le travail et le temps. Ils font écho à une expérience commune aux prolétaires, une condition sociale que résume l’expression « perdre sa vie à la gagner ».
Dans le texte précédent de la série ROUGE, nous avons parlé de marchandises, qui est la forme qui enferme la richesse dans cette société. Que valent-elles, ces marchandises ? Comment sont-elles produites ? Il y a plusieurs niveaux d’explications qui s’emboîtent les unes dans les autres : l’exploitation, la plus-value… Suivant l’ordre d’exposition qu’a choisi Marx pour le Capital, nous commencerons par définir le concept de valeur.
Attrapons cette chose glissante et informe qu’est le concept de marchandise… et commençons à le disséquer : que contient la marchandise ? Quelle est sa substance ? En d’ autres termes, qu’est ce qui est commun aux marchandises, peu importe leurs tailles, poids, chimie, etc : qu’est-ce qui est permet de comparer une tonne de fer, une douzaine de montre, un mètre de toile, un pokebowl ? (Un seul de ces exemples n’est pas présent dans le texte de Marx, saurez-vous le retrouver ?)
Réponse : toutes ces marchandises contiennent du travail à des degrés divers. « Il ne reste donc plus que le caractère commun de ces travaux ; ils sont tous ramenés au même travail humain, à une dépense de force humaine de travail sans égard à la forme particulière sous laquelle cette force a été dépensée » Écrit Marx, chapitre 1, section 1 du Capital.
Et le travail, comment le mesurer ? Avec du temps. Lui-même découpé en jours, heures, minutes, secondes… Et cela se poursuit et descend encore suivant un mouvement qui va chercher au-delà de la nanoseconde, pour aller encore gratter, racler du profit. Mais n’anticipons pas. Nous en sommes à la mesure du travail et reste alors à nous poser la question : mais les travailleurs ne fournissent pas le même travail dans le même temps, non ?
On ne travaille pas tous et toutes de la même manière, selon l’âge, l’expérience ou encore la volonté de travailler dur ou le moins possible. Aussi, on parle d’une moyenne, d’une norme sociale : le temps de travail nécessaire socialement, défini par Marx comme « [T]out travail, exécuté avec le degré moyen d’habileté et d’intensité et dans des conditions qui, par rapport au milieu social donné, sont normales. »
Cette norme évolue en fonction de plusieurs facteurs : « l’habileté moyenne des travailleurs, du développement de la science et du degré de son application technologique, des combinaisons sociales de la production, de l’étendue et de l’efficacité des moyens de produire et des conditions purement naturelles » et tout cela ensemble, se combine et définit une quantité : celle que produit en moyenne le travail, durant une période donnée.
Voilà donc ce que contiennent toutes les marchandises : le travail moyen, mesuré par le temps*. C’est ça, la valeur. Tous les efforts des capitalistes n’ont qu’un seul et unique objectif : s’approprier plus de valeur. Pour cela, il leur faut en permanence augmenter la quantité de travail contenu en moyenne dans une heure, une minute, une seconde (oui, car une seconde multipliée par 1000 travailleurs multipliée par tant de journées de travail, c’est beaucoup !).
Mais alors, où est-elle, l’interstice où l’on souffle ?
« Le temps payé ne revient plus, La jeunesse meurt de temps perdu. »
*La valeur est mesurée par le temps mais elle n’est pas le temps. Elle en est une sorte d’ombre, colléeà ses basques… jusqu’à ce que cette société soit enfin en ruine, renversée par la révolution. Alors, le temps pourra être autre chose que de l’argent ; autre chose qu’un tic tac qu’on fuit, qu’on redoute. Que sera ce temps qui reste ? Hasardons une réponse: il sera abondant, il sera doux et surtout, on le prendra, au lieu d’avoir l’impression qu’il nous tient.