La nature humaine

 Qu’est-ce que vous voulez, c’est «  la nature humaine » !

Voilà des mots familiers parmi les objections classiques à la possibilité même de changer la vie, de mener à bien une révolution (mettons la question du contenu de la révolution de côté : nous en reparlerons). Et la plupart du temps, quand on parle de nature humaine, c’est pour dire qu’elle est mauvaise ! Alors, les humains, tous pourris ?

Déjà, ce n’est pas si évident que ça existe « la nature humaine ». En tout cas, pas comme quelque chose de figé. Pour Marx, croire en une nature ou une essence figée de l’humain est une illusion : « l’essence de l’homme n’est pas une abstraction inhérente à l’individu isolé. Dans sa réalité, elle est l’ensemble des rapports sociaux » ( 6e thèse sur Feuerbach pour vous la péter). L’individu isolé n’existe pas : nous vivons en société, un enfant laissé seul meurt de solitude si ce n’est de faim ou de soif !

Nous voici devant le cœur du problème.

Si on ne peut pas définir l’humain en regardant l’individu isolé, comment faire ? Et bien, regardons la société ! C’est ce que Marx propose, quand il écrit « [l’essence de l’homme] est l’ensemble des rapports sociaux ». Ok, ok, allons y faisons ça, direz-vous alors. On est quand même dans une belle m… non ? Vous avez vu la gueule de cette société ?

Exact. Mais ce que veut dire Marx, c’est que l’humanité n’a pas une essence, une nature permanente qui n’évoluerait pas dans le temps. En revanche, elle a une condition, « la vie qu’on mène », définie par des rapports sociaux. Elle évolue en fonction des luttes, des initiatives des êtres humains. Nous sommes bien sûr déterminés par le monde dans lequel nous sommes nés, mais nous sommes aussi susceptibles de le bouleverser et nous avec !

Ainsi, pour Marx, l’humain n’est ni bon ni mauvais. Ou plutôt, il ne rentre pas dans la polémique à ce sujet, il la balaie d’un revers de la main : on en sait rien, et à vrai dire, on s’en fout.

C’est d’ailleurs ce qu’il reproche aux philosophes : ceux-ci et même le plus radical d’entre eux à l’époque, L. Feuerbach, cherchent encore à comprendre ce qu’est l’humain.

« On a pas le temps frère » lui répond en substance Marx.

« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer ».

Ces mots sont toujours actuels car ils disent la nécessité de la révolution.Ne nous réfugions plus derrière des  phrases comme « c’est la nature humaine ». Nous sommes des milliards aujourd’hui et partout dans le monde, on lutte et on se soulève.

Laissons à nos enfants et aux leurs un monde débarrassé de l’exploitation, de la misère. Alors, ils auront le temps de philosopher sur ce qu’est l’être humain, ou de s’en foutre, mais le ventre plein et dans un monde où les oiseaux n’auront pas disparu, de même, d’ailleurs, que les grands singes et tant d’autres espèces,ce qui n’arrivera que si nous empêchons le capitalisme de nuire !

Pour l’anecdote, quand Platon, il y a de cela quelques millénaires, avait décrit l’être humain comme un bipède sans plume, Diogène avait plumé un poulet et l’avait balancé sur la place publique en criant «  voici l’homme de Platon ». Tout ça pour dire qu’on aura de quoi causer, après la révolution !

Bonus : il pensait quoi, Feuerbach ?

Feuerbach critiquait la religion en disant qu’elle avait remplacé l’homme par Dieu et que Dieu n’était qu’une image renversée de l’espèce humaine. Exemple : untel a une idée. Les religieux disent « attention, ce n’est pas toi qui est créateur de cette idée, elle te vient de Dieu, tu n’est qu’un humain ». Feuerbach répond « oui, enfin, vous voulez dire « tu n’es qu’un individu » et isolé, on n’a pas d’idée, car tout nous vient de l’espèce. Donc Dieu, c’est la conscience de l’Espèce, renversée ». Marx, on l’a vu, va plus loin, en disant que l’Humain avec un grand H c’est encore une abstraction, qu’il faut chercher dans les rapport sociaux concrets. On est d’accord avec lui, mais, entre nous : il était un peu dur avec Feuerbach.

Pour aller plus loin:

Lisez les thèses sur Feuerbach ! C’est en ligne ici.